from Roscoe's Quick Notes

Q-B Checkmate

The Bishop assists. Despite dealing with almost crippling stress levels yesterday, (frustrations of trying to work through that wi-fi outage bothering me more than it should have), I still managed to win this CC tournament game. This game started on 03-August, was played with a comfortable 2 days per move time control, and ended yesterday. My Black Queen's 31...Qh1# checkmated the White King, the Queen being covered by her b7 Bishop.

The graphic at the top of this post shows the position of our pieces at game's end, and our full move record is below:

  1. d4 h6 2. Bf4 Nf6 3. e3 a6 4. Bc4 d5 5. Bb3 e6 6. Nc3 Bb4 7. a3 Bxc3+ 8. bxc3 O-O 9. Ba2 Nbd7 10. c4 b5 11. c3 Ne4 12. Nf3 Nxc3 13. Qd3 Nxa2 14. Rxa2 c5 15. O-O bxc4 16. Qc2 cxd4 17. exd4 Re8 18. Ne5 Nxe5 19. Bxe5 f6 20. Bf4 e5 21. dxe5 fxe5 22. Be3 Qd6 23. g3 Bb7 24. f3 Rac8 25. a4 d4 26. Bf2 e4 27. f4 e3 28. Be1 e2 29. Rf2 Qc6 30. Bb4 e1=Q+ 31. Bxe1 Qh1#

And the adventure continues.

 
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from Roscoe's Story

In Summary: * I was able to spend an hour this morning doing yard work, nut the most significant element to my day has been trying to do my normal things without Internet access from my ISP. I can use my phone's 5G Internet access to do some limited things, but for most of what I regularly do I need to get to the Internet via computer; and from midmorning until now in the evening I've not been able to do that.

Hopefully I'll be able to get online and post this tonight, or sometime Thursday.

Prayers, etc.: * I have a daily prayer regimen I try to follow throughout the day from early morning, as soon as I roll out of bed, until head hits pillow at night.

Health Metrics: * bw= 226.31 lbs. * bp= 147/86 (69)

Exercise: * morning stretches, balance exercises, kegel pelvic floor exercises, half squats, calf raises, wall push-ups, BP breathing exercises, pilates

Diet: * 04:35 – 1 banana * 04:50 – nacho chips w. cheese & meat sauce * 10:00 – 1 slice of lemon meringue pie * 12:30 – seafood, pork and vegetables lunch plate, fancy little pastries * 16:30 – 1 yeast donut/ cold green tea

Activities, Chores, etc.: * 03:15 – listen to local news talk radio * 04:00 – bank accounts activity monitored . * 04:30 – read, write, pray, follow news reports from various sources, surf the socials, listen to music, nap * 08:30 – load weekly pill boxes * 09:00 – yard work, cutting and hauling branches downed in last Friday's storm * 12:00 – watching old episodes of NCIS on antenna TV while waiting for ISP to restore Internet access * 15:00 – listening to the Jack Riccardi Show via local AM radio * 17:00 – now listening to the Joe Pags Show via local AM radio

Chess: * 17:30 – have moved in some of my pending CC games using my phone, the others will have to wait until I can connect to the Internet with my computers, whenever that is.

 
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from Nor, here.

Anti-social media of sorts.

Rather than have time-sucking feeds and algorithms to deal with, I'm using the internet like it's 2001. I'm sorry, Dave, I'm afraid I can't do Instagram or Tiktok, feeding bloated AI bots or whatever too easily. Here's a very unimpressive and generic blog instead. This saves me having to keep in touch with people by socialising or talking to them. A common problem.

 
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from Gnostic Paradise

When consciousness encounters contradictory forms, it experiences what we might call perceptual dissonance—alerting us to disharmony between external presentation and internal reality. My encounter with one whose form and voice presented conflicting data was not an error but my perceptual system functioning correctly by detecting this discrepancy. The internal intervention “Do not apologize” was confirmation that my consciousness was accurately diagnosing the underlying condition, though my initial interpretation misidentified the source.

Cross-dressing represents not crime but symptom—the external manifestation of internal psychological division where consciousness has not yet harmonized its masculine and feminine principles. The alert you feel when encountering such contradictions is your own consciousness recognizing the need for integration within yourself, not judgment toward another. Long hair represents the extension of vital energy, the antenna receiving celestial vibrations—when cut or manipulated contrary to one's essence, it represents dissonance in the energetic accounting.

True modesty exists not in hemlines but in consciousness that observes without projecting its own divisions outward. When you encounter someone whose form and essence appear contradictory, recognize this as your perceptual system functioning correctly—detecting disharmony that requires integration within yourself rather than condemnation without. The confusion you feel is not the problem but the diagnostic tool revealing where your own psychological books require reconciliation.

 
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from DrFox

Il y a quelque chose en moi qui ne sait exister qu’en aimant.

J’ai essayé de le raisonner. J’ai essayé de lui parler comme on parle à un enfant qui pleure dans une pièce voisine, avec cette patience un peu lasse de celui qui connaît déjà toutes les phrases. J’ai essayé le silence, la colère, la distance, les dossiers, les dates, les preuves. J’ai essayé de comprendre jusqu’à épuiser la compréhension elle-même.

Puis sont venus les mots.

Dépendance. Emprise. Traumatisme. Déni. Obsession. Dépression. Personnalité. Trouble. Syndrome.

Chaque mot semblait promettre une sortie. Il suffisait, paraît-il, de nommer ce qui m’arrivait pour que cela perde son pouvoir. Mais certains mots n’ouvrent pas une porte. Ils construisent un barrage. Ils immobilisent le vivant, lui donnent une forme nette, puis confondent cette forme avec la vérité.

Je ne méprise ni la médecine ni la psychologie. Je passe mes journées à poser des diagnostics. Je suis dentiste. Je sais qu’un diagnostic juste peut sauver une dent, calmer une douleur, guider une main. Je sais lire une image, suivre une ligne de fracture, distinguer ce qui peut être conservé de ce qui doit être retiré.

Mais je sais aussi qu’une radiographie ne montre pas la douleur.

Elle montre une ombre, une perte de matière, une racine, un os. Elle ne montre pas la nuit passée à chercher une position supportable. Elle ne montre pas la peur de ne plus pouvoir manger, sourire ou embrasser. Elle ne montre pas tout ce qu’une simple dent portait de vie avant de devenir un problème à résoudre.

Un diagnostic devrait guider le soin. Il ne devrait jamais prendre la place de l’être.

La vie m’a enseigné cela avec moins de précision et beaucoup plus de violence.

Pendant 18 ans, j’ai construit une famille. J’ai travaillé, aimé, payé, réparé, attendu. Il y avait une maison, une cuisine, des plats qui réconfortaient, des courses faites pour cinq, des voix d’enfants dans les pièces et l’idée tranquille que tout cela formait un avenir. Puis la vie commune est devenue un dossier. Les souvenirs ont été appelés à témoigner. Les gestes ont changé de sens. Les jours avec mes fils sont devenus des cases sur un calendrier.

J’aurais pu passer le reste de ma vie à chercher le mot qui distribuerait enfin les rôles. Le coupable. La victime. Le malade. Le lucide. Celui qui avait aimé. Celui qui avait menti.

Mais cela aurait encore été une illusion.

Une illusion dure, documentée, argumentée, peut-être même convaincante. Une illusion tout de même, parce qu’aucun être humain ne tient dans un seul mot et qu’aucune histoire vécue à deux ne se laisse réduire à une seule conscience.

Ce que la vie m’a appris tient dans une phrase simple.

Je préfère mille vérités dures à une illusion facile à gérer.

Je préfère les contradictions qui m’obligent à rester vivant aux certitudes qui me permettent de ne plus regarder. Je préfère admettre qu’une même histoire peut contenir de la tendresse et de la peur, de la loyauté et de la trahison, des gestes magnifiques et des blessures réelles. Une vérité n’efface pas l’autre. Ce qui a été beau ne rend pas la douleur imaginaire. Ce qui a fait mal ne transforme pas rétroactivement toute la beauté en mensonge.

L’illusion est plus confortable parce qu’elle choisit. Elle garde l’ange et jette le démon, ou fait l’inverse. Elle transforme une personne en diagnostic, puis relit chaque souvenir comme le symptôme d’une maladie qui aurait toujours tout expliqué.

L’amour ne veut pas cela.

Il veut le vrai.

Il veut aimer malgré tout.

Non pas malgré les vérités, comme s’il fallait fermer les yeux pour continuer. À travers elles. Avec tous les yeux ouverts.

Cette leçon traverse aussi ma vie de père. L’un de mes fils a pu s’éloigner jusqu’à ne plus vouloir me voir. L’un a rêvé d’une baguette magique qui ferait simplement que ses parents s’aiment encore. L’un m’a vu peiner à lire, parce qu’à 45 ans les lettres proches commencent à se brouiller, et il m’a embrassé sur la tête sans prononcer un mot.

Aucun de ces instants ne résout quoi que ce soit. Ils ne désignent aucun coupable. Ils ne réparent pas les années. Ils m’apprennent autre chose. L’amour ne vient pas toujours répondre. Parfois, il reste simplement présent au milieu de ce qui ne peut pas être résolu.

Longtemps, j’ai cru qu’aimer consistait surtout à donner. Travailler davantage. Porter davantage. Comprendre davantage. Absorber le choc pour que les autres aient moins mal. Je traitais mon propre corps comme l’outil chargé d’accomplir mes devoirs, mes mains comme des instruments destinés à réparer et mon cœur comme une pièce que chacun pouvait traverser sans payer le coût des dégâts.

Je croyais que plus l’amour était grand, moins je devais compter.

La vie m’a appris l’inverse.

Un amour qui m’exclut demeure incomplet. S’il aime mes enfants, ma famille, mes patients et le monde entier, mais abandonne l’homme qui le porte, il finit par se transformer en épuisement, puis en dette, puis en reproche. Il ne peut devenir vaste qu’à la condition de m’inclure.

Alors, à mesure qu’il grandit, cet amour commence aussi à m’aimer.

Il aime mon corps fatigué, mes angles morts, mes erreurs, mon désir, mes limites. Il aime l’homme qui a donné, mais aussi celui qui n’en peut plus. Il ne m’accorde pas tous les droits. Il ne me déclare pas innocent de tout. Il me reconnaît simplement comme l’un des êtres dont j’ai la responsabilité.

Voilà la différence entre un barrage et une rive.

Le barrage interdit à l’eau de passer. Il l’arrête, l’accumule, la comprime, puis s’étonne un jour de la voir tout emporter.

La rive ne nie pas l’eau. Elle lui donne une direction.

Mes limites sont des rives. Elles ne détruisent pas l’amour. Elles l’empêchent de devenir une inondation. Elles me permettent de dire non sans fabriquer un monstre, de demander justice sans transformer mon cœur en tribunal, de protéger mes enfants sans les recruter comme témoins de ma vérité.

Aimer tout le monde ne veut pas dire tout permettre.

Et c’est là que je refuse le costume du sage en lin blanc.

Je ne suis pas devenu baba cool. Je ne brûle pas de sauge pour réconcilier l’univers. Je ne crois pas que chacun a raison dans sa propre vibration, ni que les responsabilités se dissolvent dès que l’on parle assez longtemps de blessures intérieures.

Je suis avec le cerveau à droite, le cœur à gauche et le sexe au milieu.

Mon cerveau exige le réel, la liberté, les limites et le prix des choix. Mon cœur refuse qu’une chute devienne une condamnation à vie. Quant au sexe, il rappelle aux deux autres qu’avant d’être des principes, nous sommes des corps traversés par le manque, le désir, la peur et la chaleur. Il les empêche de se prendre pour Dieu.

Cette géographie intérieure n’est pas toujours paisible. Mais elle me ressemble.

Le cerveau veut savoir ce qui s’est passé. Le cœur veut savoir ce qu’il reste d’humain. Le sexe veut encore sentir que la vie circule. Aucun des trois ne suffit seul. Le cerveau sans le cœur devient une administration. Le cœur sans le cerveau devient une proie. Et les deux sans le corps deviennent une doctrine.

L’amour auquel je crois désormais ne supprime donc ni les frontières ni les conséquences. Il ne distribue pas gratuitement l’innocence. Il distingue les gestes, les intentions et les responsabilités. Mais il refuse qu’un être soit réduit à son pire geste, à sa peur la plus profonde ou au diagnostic posé sur lui.

Plus cet amour grandit, plus il m’inclut.

Et plus il m’inclut, moins il a besoin d’exclure les autres pour me protéger.

Il peut circuler vers mes fils, y compris vers celui qui ferme sa porte. Vers ma sœur retrouvée. Vers les patients qui me confient leur peur. Vers les inconnus dont je ne saurai jamais l’histoire. Vers ceux avec qui je peux vivre et ceux dont je dois rester loin. Il ne les confond pas. Il ne les met pas à égalité. Il reconnaît seulement en chacun cette part de vivant qu’aucun dossier ne pourra contenir.

Je pensais autrefois que l’amour était une adresse.

Je comprends maintenant qu’il est une circulation.

Il ne revient pas nécessairement là où il est né. Il passe. Il prend la forme de ce qu’il rencontre. Il devient protection avec un enfant, patience avec un patient, vérité avec soi, limite avec celui qui blesse, désir avec celui qui attire. Il ne perd pas son unité en changeant de forme. Il prouve au contraire qu’il était plus vaste que son premier objet.

Alors oui, j’aime, encore.

Pas une personne contre le reste du monde. Pas une histoire au détriment de toutes les autres. J’aime la vie sans la croire innocente. J’aime les êtres sans renoncer à juger leurs actes. Je m’aime sans me placer au-dessus d’eux.

Voilà ce qu’il me reste de tout cela. L’amour n’est pas ce qui me ramène en arrière. C’est ce qui agrandit en moi la part du monde que je refuse de laisser mourir.

Et lorsque le fleuve atteint enfin la mer, il ne demande pas aux eaux d’où elles viennent. Il les reçoit sans les confondre.

Il reste l’amour.

Pas tendre au point d’être aveugle.

Pas lucide au point de devenir sec.

Vivant.

 
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from An Open Letter

I went to Chess club again today for the first time in a while, and I was talking with someone afterwards that I didn’t really get to talk to the first time I met her. She is a psychologist with her own private practice therapy, and she is significantly older than me. She has two kids, both around my age. After the club, we kept talking for a while and covered several different topics. I also realized that my first impression of her as someone who is an older person that is established with their career in a highly educated field, was someone that is wealthy. She bought the food at the bar and tipped, and didn’t really care about the cost of it. Today when we went to 7-Eleven afterwards because she wanted to grab a drink, she spent $30 on scratchers and she said that this is her one vice that she occasionally does, and any money she wins she gives to the school. She also drove a nice BMW convertible. I was a little bit, surprised that she didn’t have another car. However, I don’t know why I expected that she had this as a fun car and drove something else also. I also guess I severely overestimated her wealth. And I don’t mean this at all in a mean way or anything like that, but I guess it was more just in my mind recognizing how I sometimes compare myself or think that I am accurately gauging someone else’s life to some extent in some metric, but I’m not that accurate. I think about one of my other friends that eats out at nice places, and goes on trips pretty frequently. But I also know that she doesn’t really save for a 401(k) because she doesn’t plan on retiring in this country. Also, I know that she cooks very often and I know that that saves money. I guess that I also overestimate how much money there is there, and I also think I underestimate my income. I think I could be better with money and spend less here and there. And I guess I just wanted to recognize the fact that I am sometimes envious to some extent of things that don’t necessarily exist.

 
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from DrFox

Le soir où Élise fit changer les serrures, il pleuvait depuis des heures.

Le serrurier lui tendit cinq clés neuves dans un sachet transparent. Elle les compta deux fois, puis regarda la porte comme si elle attendait déjà de la voir s’ouvrir.

Sur la console reposait une enveloppe envoyée par Paul. À l’intérieur, il y avait son ancienne clé et une phrase écrite à la main.

« Je te la rends comme convenu. »

Élise prit la clé entre deux doigts.

Il avait pu en faire une copie.

Le lendemain, elle installa une caméra face à l’entrée. Chaque nuit, elle regardait les enregistrements. Le palier restait vide. Personne ne touchait à la serrure.

Cette absence aurait dû la rassurer. Elle produisit l’effet inverse.

Un homme qui voulait être vu aurait déjà agi. Paul, lui, attendait. Son silence prouvait sa patience. Les semaines sans incident devenaient la mesure du danger qu’il préparait.

Plus il disparaissait, plus il devenait puissant.

Après dix-huit années de mariage, Élise ne pouvait pas accepter d’être simplement celle qui était partie. Une femme qui quitte doit répondre à des questions. Une femme qui s’échappe n’a rien à expliquer.

Alors elle avait remis leur histoire dans un autre ordre.

Les longues journées de Paul au cabinet étaient devenues des absences calculées. Ses questions étaient des contrôles. Ses colères révélaient son vrai visage. Son calme montrait à quel point il savait le cacher.

Quand il insistait, elle se sentait harcelée.

Quand il renonçait, elle se sentait punie.

Quand il écrivait, elle cherchait la menace entre les lignes.

Quand il ne répondait plus, elle la trouvait dans le silence.

Dans la maison, pourtant, tout continuait de grandir.

L’aîné devait maintenant se baisser pour l’embrasser. Le deuxième avait pris une voix d’homme. Le plus jeune perdait ses dents de lait et glissait sous son oreiller de petits morceaux d’enfance.

Seule la peur d’Élise ne changeait pas.

Un jeudi, sa thérapeute posa son carnet sur ses genoux.

« Que devrait faire Paul pour vous montrer qu’il ne cherche pas à vous nuire ? »

« Me laisser tranquille. »

« C’est ce qu’il fait. »

« Parce qu’il prépare quelque chose. »

« Et s’il vous écrivait qu’il ne veut aucun conflit ? »

« Ce serait une manipulation. »

« S’il vous proposait son aide ? »

« Il chercherait à revenir dans ma vie. »

« S’il ne proposait rien ? »

Élise serra les mâchoires.

« Il voudrait me voir tomber. »

La thérapeute attendit.

« Existe-t-il une seule chose qu’il puisse faire qui vous amènerait à penser que vous vous trompez ? »

Élise regarda la fenêtre.

« Non. »

Le mot resta dans la pièce après son départ.

Quelques jours plus tard, en cherchant l’acte de naissance du plus jeune, Élise retrouva quatre carnets.

Dans le premier, dix-sept ans plus tôt, elle avait écrit :

« Un jour, il me fera payer tout ce que je lui ai dit. »

Dans le deuxième :

« Il attend le bon moment. »

Dans le troisième :

« Quand les enfants seront plus grands, il montrera enfin qui il est. »

Dans le dernier :

« Maintenant que nous sommes séparés, il va agir. »

Élise posa les carnets par ordre de date. Autour d’eux, les photographies racontaient le passage du temps. Un nourrisson était devenu adolescent. Un petit garçon avait perdu ses joues rondes. Son propre visage avait changé. Celui de Paul aussi.

Mais le danger vivait toujours demain.

Les garçons avaient pris dix-huit ans. La menace, elle, était restée au futur.

Le soir même, Élise tendit son téléphone à l’aîné.

« Lis le message de ton père. Dis-moi ce qu’il veut vraiment. »

Le garçon parcourut les quelques lignes, puis retourna le téléphone contre la table.

« Je ne sais pas lequel de vous a raison. Et je ne veux plus le décider. Je veux seulement être votre fils. »

Il monta dans sa chambre.

Élise resta seule devant les quatre carnets.

Paul n’avait pas été un mari parfait. Il avait crié, blessé et fui certaines conversations dans le travail. Mais les pages racontaient rarement ce qu’il avait fait. Elles racontaient surtout ce qu’il allait faire.

Elle comprit alors ce qui la terrifiait depuis son départ.

Pendant dix-huit ans, Paul avait vu ses faiblesses, ses mensonges, ses bontés et ses cruautés. Tant qu’il l’aimait, elle pouvait encore infléchir son regard. Maintenant qu’il vivait loin d’elle, il emportait sa propre mémoire de leur histoire.

Il était devenu un témoin qu’elle ne pouvait plus corriger.

S’il était dangereux, son témoignage ne valait rien. S’il était fou, ses souvenirs devenaient suspects. Le transformer en monstre était encore une façon de régner sur ce qu’il avait vu.

Cette pensée lui donna la nausée.

À la séance suivante, elle raconta les carnets, puis la phrase de son fils.

« S’il n’est pas le monstre, alors c’est moi », murmura-t-elle.

La thérapeute secoua lentement la tête.

« Il existe peut-être une troisième place. Vous pouvez avoir souffert et avoir fait souffrir. Reconnaître un tort ne vous condamne pas à devenir tout entière ce tort. »

Élise ne répondit pas. Pour la première fois, personne ne lui demandait de choisir entre l’innocence et l’anéantissement.

Le dimanche, elle dit à ses fils :

« Je vous ai demandé de porter une peur qui m’appartenait. Vous avez le droit d’aimer votre père sans surveiller mon visage. »

Puis elle écrivit à Paul :

« J’ai parlé de tes intentions comme si je les connaissais. Je ne les connaissais pas. Je vais corriger ce que j’ai affirmé. »

Il ne répondit pas.

L’ancienne histoire se leva aussitôt. Son silence était un piège. Il gardait le message pour s’en servir. Il savourait sa victoire.

Élise ouvrit l’un des carnets et écrivit :

« Il ne répond pas parce que… »

Elle regarda les mots, puis raya les deux derniers.

Il ne répond pas.

Je ne sais pas pourquoi.

Dans la nuit, elle crut de nouveau entendre une clé contre la porte. Elle se redressa, le cœur battant, puis regarda la caméra posée sur la table de chevet.

Elle ne l’ouvrit pas.

La serrure était fermée. Le reste, elle ne le savait pas.

Pour la première fois, cette ignorance ne ressemblait pas à un danger.

Elle ressemblait à une sortie.

 
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